John Van Oorschot (VITO) à propos de la construction circulaire : les promesses, la réalité et le rôle indispensable de l’architecte
La construction circulaire est largement plébiscitée pour la possibilité qu’elle offre d’évoluer vers un environnement bâti durable. Dans ce cadre, l’accent est mis avant tout sur la réduction des émissions de CO2 pendant les phases de construction et d’utilisation des bâtiments. D’autres critères de durabilité entrent également en ligne de compte, mais le CO2 est l’aspect prépondérant. Avec l’introduction des feuilles de route relatives aux émissions de gaz à effet de serre sur tout le cycle de vie issues de la récente directive (2024/1275) sur la performance énergétique des bâtiments, cet accent est encore renforcé. À partir de 2030, les États membres devront en effet s’orienter progressivement vers des bâtiments à émissions nulles d’ici 2050.
Bien que cette ambition bénéficie d’un large soutien, des inquiétudes commencent déjà à se faire jour. Les premiers signes montrent que ces nouvelles réglementations relatives aux émissions de gaz à effet de serre sur tout le cycle de vie pourraient provoquer une stagnation comparable, voire supérieure, à celle que nous connaissons dans la problématique de l’azote. Le risque d’un arrêt complet de la production dans le secteur de la construction est réel. Dans ce contexte, l’importance des techniques de conception et de construction circulaires, à la fois durables et économiquement viables, ne cesse de croître. Depuis que la fondation Ellen MacArthur a mis en avant le concept d’« économie circulaire » en 2010, le secteur de la construction a lui aussi commencé à expérimenter de nouveaux principes et de nouvelles techniques de conception. Les stratégies dites « R » (réduire, réutiliser, recycler, etc.) sont le fil conducteur pour boucler les cycles des matériaux et consistent à récupérer et réutiliser les matériaux issus de l’environnement bâti existant, ce qui se traduit notamment par une réduction des émissions de CO2.
Ces expériences ont donné lieu à des exemples marquants, qui ont souvent été couverts par la presse. Pourtant, la mise en œuvre à grande échelle semble tarder. La question est de savoir pourquoi. Les réussites sont importantes, mais une réflexion plus approfondie s’impose tout autant : quel est l’impact réel de la construction circulaire sur la voie vers la neutralité carbone ? Chez VITO, nous menons quotidiennement des recherches sur les impacts environnementaux. Nos analyses montrent que les techniques circulaires contribuent certainement à réduire l’empreinte écologique. Mais cette réduction est souvent insuffisante pour parvenir à atteindre les objectifs climatiques. De plus, il existe un risque de déplacement de la charge environnementale : la réduction des émissions de CO2 peut entraîner d’autres effets négatifs sur la nature, liés par exemple à une utilisation inefficace des matériaux.
Pour bien faire, il faudrait adopter une approche de l’environnement bâti radicalement différente, à savoir une approche fondée sur les données. La diminution des constructions neuves – et donc la réutilisation plus systématique des structures existantes – s’avère être l’un des moyens les plus efficaces pour réduire l’impact environnemental, tout en réalisant des économies. Une analyse de rentabilité convaincante pour les projets durables dresse un bilan des coûts et des bénéfices réels, y compris des indicateurs environnementaux monétaires tels que les économies à long terme en énergie et en eau, ainsi que de la valeur sociétale de la réduction des émissions de CO2. C’est là que l’architecte entre en scène. En effet, quelque 80 % de l’impact environnemental d’un bâtiment est déterminé dès la phase de conception. Dès lors, le rôle des architectes et de leurs équipes de conception doit être non seulement reconnu, mais aussi renforcé. Dans la prochaine phase de la construction circulaire, il est crucial que les concepteurs disposent des connaissances, des données et des outils appropriés afin de poser des choix circulaires étayés dès le départ. C’est la condition sine qua non pour progresser vraiment vers un environnement bâti durable. Et c’est à cela que nous travaillons chaque jour, aux côtés des architectes.
John Van Oorschot, Senior R&D Life Cycle Assessment and Circularity in the Built Environment @VITO